Imaginez, vous avez face à vous le Mont Blanc. Dans votre atelier, vous avez une mission : une toile à réaliser. Mais sans peinture. Avec un twist un peu magique : des linges anciens. C’est le quotidien d’Alizée, alias Madame Fougère à Passy en Haute-Savoie. Interview brodée dans la plus pure tradition de la slow life alpine.
L’artisanat textile, un bien curieux métier qui laisse la part belle à l’imagination… ?
À l’origine, je suis couturière, mais j’avais cette envie profonde de créer des tableaux en patchwork contemporain, avec comme fil rouge les paysages alpins.
Aujourd’hui, la partie « création » prend de plus en plus d’ampleur. Mon processus commence par la récupération de linges anciens que je teins moi-même. Ensuite, je dessine un croquis que je pense et réfléchis pour qu’il soit techniquement réalisable en couture. Une fois le plan établi, je découpe chaque fragment pour composer ma toile.
Tu récupères de la seconde main… pour en faire des petites créations artisanales…
Je souhaite créer des tableaux où l’aspect « couture » s’efface devant l’esthétique.
D’ailleurs, ce sont des tissus de seconde main, fabriqués autrefois dans les Vosges ou dans le Nord, qui dormaient dans des armoires, ou qui allait finir à la déchetterie. En les travaillant, je cherche à revisiter la notion de paysage de montagne. Le textile apporte une chaleur organique au côté minéral de la montagne.
Je joue sur le choix des couleurs, mais surtout sur les textures et les tissages pour créer du relief et une vraie profondeur de champ. Il y a une forme de magie dans la fibre : les matières naturelles captent la teinture avec une facilité déconcertante. Ces tissus sont des fragments du passé qui, une fois assemblés, reflètent parfaitement le côté intemporel des montagnes. Et pour que ce voyage dure, je protège chaque tableau avec un traitement anti-UV.
Quel est ton motif préféré dans les tableaux ?
J’ai crée un paysage d’Ecosse récemment : j’ai réalisé deux petites broderies en guise de personnage, que l’on voit que quand on est près.
Côté technique, quand on fait de l’art textile, l’improvisation est-elle une alliée ?
Quand je me retrouve face à 130 morceaux de tissus, tout n’est pas figé. Je dois constamment ajuster les textures et les nuances. C’est un casse-tête géant ! (Rires)
Le plus grand défi reste l’assemblage : chaque pièce est numérotée, et je dois m’assurer que le n°5 s’imbrique parfaitement avec le n°8, et ainsi de suite.
Mon défi est de rendre la couture invisible. Lorsqu’on me commande une œuvre sur mesure, les clients choisissent les tonalités, mais je me garde toujours une certaine latitude pour sublimer la profondeur du tableau au moment de la création.

Tu proposes également des cours de couture… Quel est le public qui vient participer ?
Ce sont des femmes et hommes débutants, qui veulent apprendre à réparer ou à customiser : faire des accessoires, des vêtements sportifs et outdoor (nous sommes près de Chamonix).
C’est intergénérationnel, même s’il y a beaucoup de jeunes. Très longtemps, la couture n’était pas forcément reconnue à sa juste valeur, pourtant ça demande énormément de minutie.
On a plus du tout de notion de « comment est fabriqué un vêtement » : c’est tellement éloigné de nous.
Quel est le plus grand défi quand on se lance dans l’artisanat à son compte ?
Le temps. C’est un processus de longue haleine ; il faut souvent compter trois ans pour stabiliser son activité. Mon parcours est atypique : j’étais podologue avant de devenir « réparatrice textile » outdoor. Le fil conducteur ? Le toucher et le travail manuel.
Depuis 3 ans, je suis installée à mon compte de façon pérenne en Haute-Savoie. Face au Mont-Blanc, l’inspiration est permanente. Mon conseil serait de ne jamais négliger la communication, comme les marchés de créateurs, les réseaux sociaux, et faire preuve de résilience.
Mon équilibre, je le trouve aujourd’hui dans ce double mouvement : la création pure et la transmission. Réaliser des tableaux et donner des cours.
Les deux se marient à merveille.
Interview. Propos recueillis à distance par l’Alpin Malin. Contenu éditorial indépendant (non sponsorisé). Crédits photos : Manon Guenot, envoyée par Alizée, avec l’aimable autorisation de l’auteure.

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