Les secrets des castors alpins, avec Rémi Masson, photographe subaquatique…

L'Alpin Malin
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L’ALPIN MALIN : Certains photographient les étoiles dans les Alpes. D’autres capturent les alpages en images. Et toi, tu as une particularité, c’est que tu as pris un peu à contre-pied tout ça, en privilégiant les eaux douces alpines. Pourquoi ?

Rémi Masson : C’est vrai que je suis plutôt focalisé sur le monde du dessous. Après, quand on dit eau douce, il y a plein de milieux. Je suis né à Annecy avec le lac juste à côté. C’est une première invitation à aller voir ce qu’il y a sous la surface. Je ne me suis pas limité au Grand Lac. Je suis allé aussi en lac de montagne. Il y a aussi paradoxalement une ascension : j’explore le monde du dessous, mais qui peut être aussi sur les hauteurs. Mon plaisir, c’est vraiment de repérer un endroit sur une carte avec des images aériennes et puis me dire « qu’est-ce qu’il y a là-dessous ? ».

Parmi tes rencontres aquatiques, les castors font partie d’un écosystème assez fascinant dans les Alpes… tu en as consacré un livre et des expositions. J’ai ouï dire qu’ils étaient en train de repeupler nos vallées ?

En fait, ça fait un petit moment qu’il est de retour, mais on en parle beaucoup. Et ce n’est pas un hasard, c’est bien en lien aussi avec la thématique de l’eau et du dérèglement climatique. Le castor, il a eu effectivement une histoire compliquée. Il était présent partout en France et puis il a été chassé. Il a été traqué pour sa fourrure, parfois pour sa chair mais aussi pour une sécrétion qu’il produit pour marquer son territoire, le castoreum, utilisé fut un temps en parfumerie notamment.

Et heureusement, certains visionnaires ont dit qu’on était en train de perdre quelque chose, « cet animal-là est précieux, on ne veut pas qu’il disparaisse ».

Et donc en 1900, il restait moins de 100 castors en France. La situation était un peu la même ailleurs en Europe, il restait moins de 1000 en Europe au total. Et puis on l’a protégé. On l’a protégé à partir de 1909 au sein des dernières populations qui étaient dans le sud de la vallée du Rhône. Et c’est d’ailleurs la première espèce qui a été protégée en France, qui a eu ce statut de protection. Actuellement, la population est de 20 000 et 25 000 castors en France, donc on a des effectifs assez confortables. Il y a tellement à dire sur eux.

Sur leur ingéniosité par exemple : en général, les animaux s’installent à l’endroit le plus adapté à leurs besoins. Mais là, les castors, c’est un peu l’inverse. J’ai lu qu’ils faisaient cavaliers seuls. Ils n’hésitent pas à entreprendre parfois des travaux pour que la nature s’adapte à leur ADN. Est-ce que tu peux nous raconter justement ce côté castor et ingénieur à la fois ?

En effet, le castor est pleinement considéré comme une espèce architecte, c’est-à-dire qui aménage son environnement de manière très importante. De plusieurs façons… le plus connu, c’est le barrage. Le barrage de castor est construit dans les cours d’eau à de faibles profondeurs, quand le milieu n’est pas forcément propice à son installation.

Peut-il étendre son territoire au delà des rivières et des points d’eau, sans limites ?

Le castor ne peut pas pulluler. C’est une espèce qui a un territoire bien précis. En fait, le couple, quand il se forme, est uni pour la vie. Ils ont un territoire qui dépend de la nourriture, mais en gros, qui est de quelques kilomètres. On dit entre 3 à 5 kilomètres à peu près de rives.

Dans chaque famille, il y a un ou deux petits chaque année, les petits restent deux ans avec les parents puis doivent trouver leur propre lieu pour forger leur propre futur. Ils vont même se satisfaire de petits affluents qui sont moins propices, mais qui vont leur permettre tout de même de s’installer grâce à leur capacité d’adaptation.

Les castors sont des petits « bûcherons » qui aménagent la nature, sans pour autant la contraindre. Comment réussissent-ils cette prouesse ?

Le fait de modeler l’environnement notamment, d’être capable de couper des grands arbres et bien, c’est un effet paradoxalement qui est très positif pour la nature.

Il forme des zones humides, et de nombreuses autres espèces peuvent venir se reproduire. Autre effet domino, les nappes phréatiques peuvent se recharger plus lentement, surtout lorsque l’été approche et que les ressources en eau diminuent. Quant au bois mort déposé dans l’eau, il peut servir aussi de refuge aux petits poissons et invertébrés.

Il est à l’interface de deux univers, aquatiques et terrestres, et conjugue le meilleur des deux mondes.

Merci à Rémi pour sa disponibilité et sa confiance.

Interview extraite d’un podcast réalisé pour l’Alpin Malin en 2024.


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Grégory, dénicheur de pépites alpines à contre-courant. Avec L'Alpin Malin, je vous emmène explorer une montagne plus douce, entre escales gourmandes et excursions hors saison. Ici, on prend le temps de savourer chaque terroir et chaque rencontre. Prêts pour une aventure apaisante ?
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