Aujourd’hui, découvrez un métier cousu de fil blanc, liant élevage et artisanat. Depuis près de 6 printemps, Harmonie vit en osmose avec des chèvres Angora, sur les pentes fleuries de Chartreuse. Quels défis rencontre-t-elle au quotidien ? Quels secrets se pelotonnent dans la « toison d’or » des Alpes ? Entretien inédit à détricoter…
Bonjour Harmonie, ouvrons la boîte à souvenirs : quelles sensations as-tu vécues la toute première fois que tu as mené tes chèvres Angora pâturer, au lancement de ton activité ?
HARMONIE : La première fois que je suis partie dans les pâtures, il y a 6 ans, ce fut l’angoisse ! (Rires) Car on veut que tout se passe au mieux, et comprendre pas à pas le caractère des chèvres.
La chance que j’ai eu, c’est que j’ai pu apprendre petit à petit, progressivement, car j’ai démarré avec 10 chèvres, et aujourd’hui j’en élève 40. Elles sont de nature plutôt peureuses, et il faut parer à toutes les situations. Il y a donc un sentiment à la fois de plénitude mais aussi de vigilance de tous les instants.
Ce qui est chouette, c’est qu’on se forme en collectif pour faire avancer nos métiers et mieux analyser nos pâturages. Il faut appréhender au mieux la température, les espèces environnantes, le vent, les parcelles…
J’avoue qu’en ce moment, avec le printemps qui revient, c’est très agréable avec les jeunes chèvres qui sautillent dans les pâtures. Les voir se ruer dehors et manger tout ce qui sort. On les sent heureuses !
Dans ces moments là, on se dit : « Oh là là, comme elles vont se régaler« .
Il y a de l’émotion positive dans l’air. D’ailleurs quel lien as-tu tissé avec les chèvres au fil des années ?
Le lien est indescriptible. Je ne les considère pas comme mes enfants, il faut faire la part des choses. Néanmoins, je ressens un profond attachement. Je garde les chèvres retraitées jusqu’à leurs derniers souffles auprès de moi. J’ai perdu la doyenne meneuse l’an dernier, et lorsqu’elle s’est éteinte, une pensée m’est venue à l’ ‘esprit : « c’était la plus belle des chèvres dans le paradis des chèvres« .
Puis le cycle de la vie continue, avec les mises bas. On avance. Sans cesse. J’essaie de respecter au mieux ce qui les rend bien. Il y a du Vivant dans tout ça, et ça nous donne beaucoup d’humilité sur le cycle de la vie.
Un tourbillon permanent qui fait tout le sel de ce métier… Sans oublier le décor sublime. Comment l’environnement de la Chartreuse influence la toison des chèvres ?
Les chèvres Angora sont originaires depuis des millénaires des hauts plateaux turcs, mais finalement, en Chartreuse, dans nos Alpes, elles y trouvent une belle place. Avec le réchauffement climatique, il faut tout de même veiller à ce qu’elles puissent s’adapter au mieux, avec notamment une attention particulière sur le danger du parasitisme et les hivers plus doux.

On pâture dans le plus grand des respects. On contribue modestement à ce que ça ne s’embroussaille pas. Le pastoralisme fait partie des thèmes clés dans ma pratique. C’est un sujet que j’aborde régulièrement, et sur lequel je mettrai l’accent lors d’une journée porte ouvertes à la ferme, le dimanche 19 avril 2026 (de 9h à 12h).
Pourquoi tu as jeté ton dévolu sur la chèvre Angora ? Et pourquoi le mohair, cette fibre textile soyeuse, douce et confortable, en ressort sublimé ?
J’ai choisi l’Angora sans hésitations car j’ai toujours été attirée par tout ce qui était autour du fil. C’était une évidence quand je me suis installée. Elles sont très « chouettes » ! Même si les brebis mérinos paraissent plus simples, j’ai commencé peut-être par le plus complexe, et je ne le regrette pas ! (Rires)
Le mohair est un travail de patience. Je travaille essentiellement avec des locaux. Les alpins sont toujours assez impressionnés par le contact tactile avec la matière.
Quand je descends faire les marchés chaque mois, je retrouve les clientes et de belles connexions se créent.
A la confluence de l’élevage et de l’artisanat, c’est un métier hybride très incertain, exigeant et au final essentiel ?
Il est clair qu’on tâtonne chaque jour. Le moindre détail demande de l’attention et de la vigilance.
Que ce soit la production, la transformation, la commercialisation… Tous les curseurs revêtent une sacrée importance. Je suis très heureuse d’avoir pu m’installer progressivement, en évitant certains écueils. Le mohair apprend la patience… le temps qu’il pousse sur le dos de l’animal, jusqu’à la transformation, cela se compte en saisons entières…
Si j’avais dû avoir dès le départ, un gros volume à avoir d’un seul coup, cela m’aurait mis des bâtons dans les roues. La clé, c’est de se développer pas à pas.
Il y a à la fois ce sentiment de « temps long » et d’urgence, la routine n’existe pas.
Au final, ma satisfaction est de me dire « Je contribue à ce que la montagne garde ses prairies« . Ca me tient à cœur, et c’est essentiel.
Merci à Harmonie du Fil du Néron, éleveuse et artisane de mohair en Isère.

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